Pédagogie 2.0 … Abus schizophrène ou vocation du e-learning ? # 4
Avant de commencer sur les 7 pistes de réflexion citées, je me permets de préciser que le propos dans cette série de “posts” (articles) n’est pas d’apporter aux acteurs ou aux clients du eLearning des solutions économiques, ni encore moins un “business model”, ni réellement d’apporter des réponses … il est surtout de poser des questions, idéalement de poser des réflexions ;-). L’idée est d’imaginer des possibles, peut-être de chercher des anticipations réalistes, les objections immédiates et fatales n’ont que peu de place ici.
C’est à chacun finalement de se demander, car c’est ce qui nous préoccupe tous en premier lieu lorsqu’on parle de changement, quel va être son rôle si la pédagogie évolue dans tel sens ou si la formation professionnelle prend tel chemin.
Commençons par la granularité, s’appliquant aussi bien aux contenus, c’est-à-dire aux grains de formation, qu’aux outils ou fonctions techniques. Le grain est un moyen de définir une unité pédagogique plus fine que le module de formation. Les premiers modules de e-formation, apparus naturellement dans des “produits” d’auto-formation, étaient très linéaires, donc s’adaptaient rarement au besoins de l’apprenant. Ce dernier focalisait alors sur ce qu’il savait déjà et sur le temps qu’il perdait à revoir des évidences pour lui. Lorsqu’il arrivait, s’il y arrivait, à des pratiques ou infos utiles, il les passait aussi rapidement que les infos connues … l’auto-formation ne lui aura servi qu’à générer de la frustration. Certains de ces CD Rom dits didactiques se sont avérés néfastes à l’image du e-Learning qui, par extension du terme, englobe tous les supports électroniques de formation.
Des efforts notables ont été faits dans ce sens, pour que les apprenants puissent aller directement aux grains pédagogiques qui leurs sont utiles. Mais pour revenir sur ce qui a été dit dans un “post” (article) précédent, les personnes aptes à l’auto-formation ont surtout besoin de documentation et de témoignages. Cette aptitude leur permet souvent de constituer et d’organiser leurs propres sources de documentations et témoignages. Si l’on veut s’intéresser à cette population, il est nécessaire de se demander ce qu’une pédagogie 2.0 peut leur apporter de plus, ou de mieux.
Malgré les efforts, la lacune structurelle clé demeure, l’interaction se limite à une sorte de libre-arbitre de l’utilisateur. Mais le libre arbitre n’est pas tout à fait la propriété que l’on recherche dans une formation, il impliquerait que l’apprenant distingue clairement ce qu’il ne sait pas de ce qu’il sait. Il peut potentiellement découvrir une pratique, mais il est beaucoup plus difficile pour lui de corriger une pratique, surtout s’il ne sait pas que sa pratique mérite correction.
Un élément clé de la pédagogie repose donc sur l’interaction entre un apprenant et son formateur. Car seule cette interaction permet aujourd’hui une sorte d’évaluation permanente, ou disons plutôt en temps réel, de l’apprenant. Une attitude éditrice serait d’imaginer un système expert qui se substituerait à cette évaluation temps réel. On a tendance à appeler système expert toute application dont le comportement - non linéaire -dépend de celui de l’utilisateur. On peut dresser facilement un tas d’objections et d’obstacles à la réalisation d’un tel système expert, d’abord parce que l’informatique rencontre sa limite structurelle dès lors qu’elle doit gérer une notion de contexte, ensuite parce qu’il devrait requérir un tel investissement qu’aucun modèle économique ne pourrait à ce jour le rentabiliser. Une attitude web 2.0 serait de chercher à remplacer cette intelligence de comportement préconçue, par une intelligence collective. Le souci est qu’aujourd’hui cette intelligence collective n’est employée qu’à évaluer les contenus et/ou les services rendus, pas à évaluer l’utilisateur lui-même.
Il faut donc faire un gros effort pour imaginer ce que cela pourrait donner.
Tag: pédagogie, web 2.0

Limiter le phénomène d’interaction a une simple evaluation n’est pas judicieux. Le pedagogue oriente, accompagne, dynamise et évalue ensuite. L’interaction est essentielle tout au long du processus d’apprentissage. C’est le seul différenciateur entre autoformation et formation tutorée.
Nadine, tutrice à distance
5 June 2009 à 20:53Je me permets de préciser ce que j’entendais par “évaluation”. Je ne parlais pas spécifiquement de l’évaluation consistant à valider une étape dans un programme de formation, ni d’ailleurs de l’évaluation préalable qui peut être faite pour valider des pré-requis. Je pensais à cette évaluation permanente que l’on doit faire pour transmettre quelque chose à quelqu’un - est-il plus illustratif ? ou explicatif ? quelle est sa capacité d’abstraction ? à l’application ? a-t-il entendu, écouté, digéré, assimilé ? répond-il davantage à un environnement sonore ? ou visuel ? une évaluation comme une observation active, et utile ; la question clé sous-jacente étant “de quoi a-t-il besoin, maintenant, le plus, à terme ?
12 June 2009 à 8:28Je disais donc que l’interaction était un élément clé de la pédagogie, car elle permettait - et j’ajouterais maintenant, entre autres - cette fameuse évaluation permanente.
Aujourd’hui ce que le e-learning de qualité propose repose sur la visioformation car elle est un grand pas vers cette interaction pédagogique, à distance.
Dans une réflexion de la pédagogie 2.0, une idée de transposition évoquée serait de chercher, en quoi la contribution - et l’évaluation - collectives contribueraient à trouver de quoi un apprenant à besoin, maintenant, le plus, à terme.
Aider à trouver grâce à l’intelligence collective, de quoi un formateur a besoin n’est pas non plus une mauvaise piste de réflexion